Les murs ont des oreilles : licenciée pour ce qu’elle disait en salle de pause

Peut-on être sanctionné ou licencié en raison de propos tenu en salle de  pause ? Dans cette histoire authentique, la cloison était vraiment très fine et les propos tenus ont été entendus….

La salariée était  entrée dans l’entreprise en 1983  et était devenue responsable comptable  40 ans plus tard. En salle de pause, elle discutait avec deux collègues en critiquant plusieurs membres du personnel et des dirigeants. Les juges  qualifieront d’ailleurs ces propos de discriminants et haineux, d’une particulière gravité.

Problème : une cloison peu épaisse séparait la salle de pause des bureaux, et l’une des personnes visées travaillait juste à côté.

Les conséquences furent lourdes : plusieurs salariés informés de la teneur des propos critiques ont vus leur santé affectée. Le médecin du travail fut saisi et une enquête interne fut lancée. La salariée est finalement licenciée pour faute grave en février 2021.

 C’était une conversation privée 

Devant les juges, la salariée soutenait qu’il s’agissait d’une  conversation privée . Elle parlait à deux collègues et ne voulait pas que ses paroles soient entendues, puis répétées à la direction.

La cour d’appel de Chambéry valide pourtant le licenciement le 20 février 2025. Et la Cour de cassation confirme la position d  la Cour d’appel  23 septembre 2026.

La règle : une conversation au travail n’est pas automatiquement privée

C’est vrai que le salarié a en principe droit au respect de sa vie privée, y compris dans l’entreprise. Une conversation vraiment personnelle ne peut donc pas, en principe, fonder une sanction.

Mais encore faut-il que la conversation soit réellement privée. Ici, deux éléments ont fait basculer les choses :

Tout d’abord le contenu : les propos portaient sur des collègues et des dirigeants, donc sur les relations de travail. Ce n’était pas une discussion sur le week-end ou la famille.

Ensuite le lieu : une salle de pause où d’autres pouvaient entendre, avec une personne visée dans le bureau voisin.

Le simple fait de ne pas vouloir être entendu ne suffisait donc pas à rendre cette conversation privée.

Une simple critique, même vive, relève de la liberté d’expression du salarié. Mais ici, c’est la gravité exceptionnelle des propos et leurs conséquences sur la santé des collègues qui ont justifié la faute grave.

Source : Yves Nicol avocat Lyon droit du travail octobre 2026. Cass. soc. 23 septembre 2026, n° 25-14.347 ; CA Chambéry, 20 février 2025.

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